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Protection partielle ou intégrale des écosystèmes?

Récemment, une nouvelle importante concernant l’environnement est passée quasi inaperçue en raison de la crise économique mondiale, des soubresauts politiques canadiens et des enjeux électoraux au Québec. Selon une recherche crédible, l’exploitation des sables bitumineux du nord de l’Alberta menace de disparition 166 millions d’oiseaux de la forêt boréale, d’ici 30 à 50 ans! L’hécatombe, attribuable à la pollution générée par cette industrie en pleine croissance, se ferait sentir jusque dans le nord de l’Ontario. Or, si les oiseaux migrateurs et résidants en viennent à frôler l’extinction, la survie de l’écosystème nordique sera compromise. En effet, sans l’action des millions de prédateurs ailés nichant dans la ceinture verte boréale, les insectes causeront des ravages inestimables aux végétaux, augmentant la fréquence des incendies et la désertification des territoires. Une diminution quantifiable du nombre d’oiseaux affectera directement l’ensemble de la faune et de la flore, ainsi que l'économie du pays. Adieu! industrie forestière! 

 

Un écosystème naturel ressemble à un château de cartes. Il est donc fragile. Le retrait d’une seule de ses composantes suffit à entraîner l’écroulement de toute la structure. Si l’écosystème boréal tombe, qui le relèvera? Même en étant optimiste, tous les efforts et les ressources déployés par l'homme ne pourraient jamais réparer ce que dame Nature a mis des millénaires à construire. Les seules options viables sont donc de prévoir et de protéger, car la forêt boréale canadienne joue un rôle primordial dans la captation des gaz à effet de serre. Et puisqu'elle forme un tout, la préservation d’une seule ou de quelques parties de cet ensemble complexe ne garantit en rien la survie à long terme de la faune et de la flore.

La Convention pour la Conservation de la Forêt boréale du Canada, forte de l’appui de 1500 scientifiques du monde entier, soutient que 50 % de notre ceinture verte nordique doit être protégée pour assurer un avenir à l’homme et à la nature. Partout, des voix s’élèvent pour recommander aux autorités canadiennes d’agir rapidement en ce sens. Toutefois, protéger la moitié des forêts boréales contre la coupe, le développement minier, pétrolier ou gazier sera un progrès insuffisant si l’on ne protège pas du même coup les oiseaux, les mammifères et toutes les autres formes de vie de cet écosystème. Pour atteindre l’objectif initial – assurer la survie de l’homme et de la nature –, la conservation doit impliquer une approche globale, une vue d’ensemble de l’immense défi à relever. En d’autres mots, les mesures de conservation et les lois déjà en vigueur dans les parcs nationaux du pays devraient s’étendre à 50 % de la forêt boréale afin de maximiser les résultats attendus. En tenant compte des raisons citées précédemment, la préservation intégrale de chaque élément de l’écosystème boréal offre la meilleure garantie, la manière la plus sage et la plus prudente de prévoir le futur...

On ne peut protéger la forêt boréale sans le concours des oiseaux; on ne peut préserver les arbres et les plantes nordiques sans l’aide du castor, du lynx, du loup et du caribou. Nous devons éviter de choisir quelles espèces du règne végétal ou animal auront droit à notre protection, car aussi étonnant que cela puisse paraître, le destin de l’humanité est lié à celui de la mésange, de la truite et de l’épinette. Nos efforts pour sauver notre propre avenir porteront des fruits à condition que nous incluions chaque créature sauvage dans le grand processus de changement qui pointe à l’horizon.

 

Gisèle Benoit

 

Photos :
 
Forêt boréale © Source anonyme
Forêt boréale © Thierry LeClercq

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