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Les animaux... des êtres sensibles!

En juillet 2013, une jolie rousse dotée d’un sens de l’humour incomparable est entrée dans ma vie : une renarde adulte. Nous avons établi un contact dès notre première rencontre, puis ses visites sont devenues quotidiennes. À l’approche de l’automne, Roukine a pris lentement ses distances. 

J’ai un faible pour les renards. Mi-félins, mi-canins, ces animaux intelligents n’en finissent plus de me surprendre. D’ailleurs, des expériences menées avec des sujets en captivité, en Russie, ont démontré que l’espèce peut être domestiquée en quelques générations par des croisements de bêtes dociles. Cette prédisposition naturelle du renard roux rappelle étrangement celle du loup, l’ancêtre du chien, prouvant qu’entre le domestique et le sauvage n’existent souvent que nos préjugés, notre ignorance et notre besoin maladif de tout dominer. Dès que tombent les barrières inventées et imposées par notre culture moderne, nous découvrons le monde vivant dans son universalité; nous cessons alors de faire des distinctions entre les espèces, les races et les statuts de créatures libres (sauvages) ou au service de l’homme (domestiques).

Il était impensable pour moi de refuser l’amitié que m’offrait la joyeuse renarde de l’été 2013. Pour elle, tout devenait un jeu : une branche tombée sur la pelouse, une motte d’herbe, un morceau d’écorce, le bout de sa queue en mue. 

  

Sa gaieté contagieuse m’a poussée à lui lancer des objets qu’elle poursuivait de la même manière qu’un chien… Sur la photo ci-dessous, elle bondit pour attraper une pomme! 

  
 

Aller à contre-courant a toujours fait partie de ma nature. Or, cette petite renarde pas comme les autres possédait aussi ce trait de caractère exaltant et dangereux. Les audacieux comme nous prennent parfois des risques dont ils sont les seuls à subir les conséquences. Je crois que de nombreux renards roux ont dû payer de leur vie le désir soudain – et un peu fou, avouons-le – de s’approcher de l’humain pour s’en faire « un ami ». Par ailleurs, je sais par expérience que s’investir corps et âme dans une relation avec un animal sauvage peut être mal perçu, ou paraître étonnant, aux yeux d’une majorité de mes semblables. Quand j’ai téléphoné au vétérinaire dans le but de lui demander un vermifuge pour Roukine, « une renarde » d’environ quatre kilos (neuf livres), il y eut un long silence au bout du fil… 

Ceux et celles qui aiment les animaux supportent mal les négligences et les mauvais traitements dont ils sont victimes. Le 6 août 2014, tout comme les quelque 46 000 signataires du manifeste Les animaux ne sont pas des choses, j’ai été heureuse d’apprendre que le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Pierre Paradis, venait d’annoncer son intention de mettre sur pied un projet de loi qui redéfinirait l’animal dans le Code civil du Québec et lui accorderait un statut d’être sensible. M. Paradis aurait en effet obtenu un accord de principe avec la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, pour entamer une telle réforme. (Source : SPCA)

Je suis cependant dégoûtée par l’attitude de ce même gouvernement concernant l’entreprise d’élevage d’animaux à fourrure devenue tristement célèbre, après que les médias eurent révélé l’ampleur de la maltraitance et des négligences subies par des renards et des visons. Effectivement, les autorités du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) du Québec refusent de secourir les quelque 80 renards roux vivant dans cet enfer. Pourtant, de nombreuses inspections effectuées par le MFFP au cours des dernières semaines ont démontré que les renards se trouvaient dans un état critique et éprouvaient de graves problèmes de santé. Certains souffraient de déshydratation, d’émaciation, de fractures des orteils, de blessures à la queue, de fractures des dents, d’infections des oreilles et des yeux, d’hémorragie interne et de problèmes neurologiques. La situation de ces renards n’a cessé de se détériorer depuis. Environ 10 000 visons avec plusieurs problèmes de santé sont également sur les lieux. Malgré des efforts répétés de la part de la SPCA de Montréal, de la Humane Society International/Canada et du public pour convaincre le MFFP de se servir de ses pouvoirs afin de venir en aide à ces animaux, le Ministère maintient son refus de saisir les animaux. (Source : SPCA)

L’entêtement du MFFP traduit peut-être l’hypocrisie d’une partie de la population à l’égard des animaux sauvages. Nous dorlotons volontiers nos animaux de compagnie, nous avons un souci grandissant des conditions de vie du bétail et des volailles, mais nous continuons de ne voir en l’animal sauvage qu’une cible, un trophée, un gibier, une fourrure ou une simple nuisance auquel nous pouvons infliger n’importe quels sévices. Si un trappeur décidait d’éliminer les chats et les chiens errants de nos villes avec ses pièges à renard ou à coyote; si un archer tentait d’abattre un cheval ou une vache avec ses flèches, au lieu de viser un orignal anonyme au fond des bois, loin des regards, une foule de gens descendrait dans les rues pour dénoncer la cruauté de telles mises à mort. 

À mon avis, si le MFFP portait secours aux visons et aux renards en détresse, sur la ferme d’élevage près de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, il ouvrirait une boîte de Pandore susceptible d’avoir des répercussions sur les activités des trappeurs et les comportements de certains chasseurs. Reconnaître qu’il est « criminel » de faire souffrir un animal sauvage nous obligerait à un véritable renouveau dans nos rapports fondamentaux avec la Nature ainsi que dans les activités de loisirs que nous y pratiquons. Le MFFP craindrait-il ce grand changement? Voilà pourquoi il reste de marbre dans ce dossier. Au Québec, des dogmes contre-évolutifs persistent : les trappeurs sont des héros et les retombées économiques liées à la chasse justifient l’inaction en matière de cruauté animale, tant qu’il n’est question que de la faune. 

Tout comme la SPCA, la SAS Nature vous encourage à continuer d’écrire au ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard, pour demander la saisie des renards et des visons en détresse, en visitant le lien suivant : http://www.spca-mtlaction.com/index_fr.php.

 

Gisèle Benoit 

Naturaliste, peintre animalière
et porte-parole de la SAS Nature

 

 

Crédits photographiques :
 
Roukine au ruisseau © Monique Benoit
 
Roukine au galop sur la pelouse © Monique Benoit
 
Roukine jouant avec sa queue (2 photos) © Monique Benoit
 
Roukine bondissant pour attraper une pomme © Monique Benoit
 
Gisèle, son père Raynald et Roukine un matin de juillet, à la résidence familiale des Benoit, en Gaspésie  © Monique Benoit
 
Un vison heureux © Raynald Benoit
 
Roukine au ruisseau en compagnie de Gisèle © Monique Benoit

 

Sources :
 
SPCA. Annonce d’un nouveau projet de loi visant à modifier le statut juridique des animaux, [Communiqué de presse], [En ligne], 7 août 2014.
[http://www.spca.com/?p=9751&lang=fr] (Consulté le 27 octobre 2014).
 
SPCA. Le gouvernement du Québec refuse de secourir des renards en détresse élevés dans une ferme d’animaux à fourrure, [Communiqué de presse], [En ligne], 14 août 2014.
[http://www.spca.com/?p=9772&lang=fr] (Consulté le 27 octobre 2014).

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